Huit mois à peine sont passés, presque inaperçus. Toute une époque qui nous a fait goûter le désespoir après la joie, les déboires après la gloire, qui nous a dicté les airs désolés après nos sourires fort exprimés... tout n'est pas gratuit. Après avoir découvert le vice de l'aboutir, la faille d'un succès ou le défaut d'une beauté, combien on avait été déterminé à ne plus y revenir, ne plus être victime d'un rien et de tout rendre parfait à l'avenir, mais hélas on cède encore, on est humain, on a encore et toujours droit à une nouvelle erreur. Et on vit, l'espoir y est pour quelque chose, imbécile qu'on est.
Décembre est déjà là, il faut juste passer les unes, deux, trois semaines et toute la ville plongerait totalement dans un air de fête. Et c'est fait. Les rues et quelques places dans la capitale sont ornées de guirlandes lumineuses, maints commerçants s'installent sur les trottoirs des importantes rues. Les uns étalent, et des jouets et des arbres et des articles de Noël. Tandis que d'autres crient et vendent bruyamment en détail des articles de cadeau, des ustensiles de cuisine, d'autres produits divers qui vont de l'alimentaire au textile en passant par je ne sais plus quoi. Les chauffeurs de bus et leurs assistants se régalent peut-être de l'embouteillage: rouler lentement, s'arrêter là où on veut et ramasser les piétons à volonté. Tous en fête!
Moi aussi. Même si la décision de congé annuel est assez inopinée, il me restait encore le temps de réserver à la gare routière ? laisser encore mon jet privé respirer un peu. Et malgré mille choses à faire, j'ai pu me libérer une partie du samedi après-midi pour faire les courses dans l'ambiance citée supra, avant de rejoindre la gare routière avec un léger retard.
Lonely
The path you have chosen
A restless road
No turning back
One day you
Will find your light again
Don't you know
Don't let go
Be Strong
Et à ma plus grande surprise, le guichetier m'a remis mon avance, sous prétexte que le car pour lequel j'avais réservé était accidenté. Ce qui était faux. Le monsieur n'était pas très sérieux et je ne connaissais pas leur problème interne mais il ne s'apprêtait point à trouver la moindre solution en dépit des pressions et des colères des voyageurs désirant rentrer comme prévu chez eux et non pas attendre le prochain départ annoncé pour mardi, donc le 26 décembre. Après quelques man?uvres, et dire que je suis un grand négociateur hé hé :-P, des voyageurs ont finalement pu remplir un autre car. C'est fou que ceux qui ont occupé les deux banquettes du fond sont les moins jeunes des passagers et tous partisans d'un rire et sourire party. Il y en avait toujours un qui racontait une blague que le groupe suivait avec des rires à gogo jusqu'à ce qu'un autre passager plus âgé assis près du chauffeur nous signale que ça gênait tout le monde, surtout ceux qui cherchaient le sommeil.
C'était nouveau pour moi l'effet que ça faisait cette autre arrivée à Fianarantsoa. J'avais l'impression que d'un coup, la ville ne me connaissait plus. Heureusement qu'en frappant à une porte, un homme m'avait tenu la main et tendu ses deux joues. Lui, au moins, il se souvenait de moi, mon cher papa.
Follow your heart
Let your love lead through the darkness
Back to a place you once knew
Follow your dreams
Be yourself, an angel of kindness
There's nothing that you can not do
I believe I believe I believe in you
En compagnie de mon frère cadet, j'ai d'abord passé du temps chez le coiffeur. Le temps de s'offrir une nouvelle tête... pour la drague. Mais si! Un c?ur à prendre, à la fois solitaire et intéressé a besoin de se montrer intéressant, non? Mais bien sûr que je plaisante, on s'amuse et on s'adapte. On patrouillait dans quelques rues de la ville et je n'arrivais pas à repérer la tête d'une fille à mon goût, c'était peut-être parce que j'avais passé la plupart du temps à m'occuper des photos. Voilà donc, j'avais shooté rapidement tout ce qu'on pouvait prendre en photo. Tiens, en voilà une. Elle répondait au nom de L**** et venait de rentrer du culte. Ce n'était pas gentil de lui enjoindre mes sept démons, alors je l'avais seulement accosté avec un dialogue plutôt doux et moins calculateur... Oups, elle est déjà prise! On est devenus aussitôt amis, je lui enverrai ses photos une fois serein.
Mais qu'est-ce que je fais ici moi? Si ce n'est réveiller des gens en plein sommeil, secouer leur mode de vie à la 'moramora', ne plus être contenu dans cette maison, "Papa, tu en fais trop avec cette collection bizarre, je t'en prie", être un étranger, un observateur, un nouvel ?il... Mais ? enfin un 'mais' qui va tout changer ? c'était maman, qui était venue d'Ihosy en compagnie de ma s?ur, qui avait tout bousculé. Finis le silence et l'atmosphère plutôt fade. Cela fait des lustres que je ne l?ai pas vu si rayonnante, si épanouie, si bien dans sa peau. Plus favorisée dans les joues, le sourire toujours aux lèvres, et la voix toujours haute et forte, rien ne la retenait. Force était surtout de constater que c'était elle qui tenait le rôle principal dans nos séances de divertissements, avec ses interminables histoires drôles. Elle ne les inventait pas, elle racontait ce qu'elle avait vécu. Ma foi, elle trouvait toujours quelque chose à raconter à chaque fois que la famille remplissait l'effectif minimum. "Qu'est ce que tu as changé maman".
Il descend
Des lumières dorées
Dessinent nous dedans
Dans des habits légers
Et j'entends les colombes jouer
La paix est bien cachée dedans
25 décembre! On escaladait Ambozontany pour acheter du vin d'Antsahamasina ? cela en vaut la peine ? et tant qu'on y était, l'idée de rafraîchir nos souvenirs nous piquait. En effet, mon frère et moi ne pouvions nous retenir de pénétrer dans l'enceinte de notre école d'antan: Saint Pierre Claver. Après avoir eu le feu vert des bonnes s?urs, nous étions armés d'un appareil photo pour explorer tous les recoins de cette fabuleuse école. "et tu avais fait le jardin d'enfants ici, et là c'était notre salle de classe de 11ème, le préau est toujours le préau, ici j'avais déjà trébuché, le terrain de foot, la chapelle et le petit jardin à côté avec ses fameuses pêches...". Oh! Le théâtre de notre premier apprentissage du savoir, de la maternelle à la classe de septième. Et surtout depuis le temps où j'ai rêvé de construire un site web pour cette illustre école...
Il faisait quasiment toujours beau. Cependant la journée du mardi 26 ne pouvait que confirmer l'annonce à la radio d'une dépression tropicale dans la partie Nord de la Grande Île. Cela a fait son effet sur la volonté de ma mère de partir ensemble pour Manakara. C'était alors facile pour elle de me détourner de ma détermination à renouveler l'aventure de la descente en train vers Manakara et de respirer à fond le vent de la mer... Le temps redevenait beau le lendemain même, pourtant ce n'était pas la peine d?insister parce que je savais qu'au fond elle craignait le "grand inventaire". C'est-à-dire que la fin de l'année approchait à grand pas et Dieu devrait commencer à dresser son inventaire et ainsi relever quelques têtes avec les accidents de circulation et consorts. Arf! superstition, quand tu nous tiens!
A cela s'ajoute "la prudence de la vieillesse et l'audace de la jeunesse", c'est ce que mon père me dit lorsque, moi, je traverse la rue entre les voitures, alors que lui attend patiemment qu'elles soient moins nombreuses et roulent plus lentement.
Simplement, après tant et tant de brume
On aura les yeux qui s'allument vraiment
Forcément, comme on aura plus de larmes
On verra enfin le monde autrement
En effet, Fianarantsoa ne me connaissait plus ou c?est plutôt moi qui semble ne plus la connaître. Jadis, c'était magique : on s'attendait toujours à croiser telles ou telles têtes dans tels ou tels chemins de la ville. Cette fois-ci, j'avais perdu cette étrange sensation d'échanger des regards familiers avec tout le monde. Et ce, même avec les plus sédentaires de la localité. Je ne saurais dire si c'est du progrès de border les rues avec d'interminables séries de bars dans lesquels, même les gamins s'usaient avant de rentrer chez eux. A moins qu'ils ne choisissent de fumer des stupéfiants, désormais monnaie courante chez les douze ans et plus. Mon père nous a toujours dit: "ce n'est pas en fermant tous les bars qu'on empêchera les gens de boire". L'élève a dépassé le maître quand j'ai appris qu'un garçon du quartier attendait déjà un enfant, alors qu'à son âge, nous jouions encore aux billes. D'autant plus qu?un autre garçon à qui j'ai enseigné la guitare jouait admirablement presque tout le répertoire d'Ambondrona, son groupe favori.
Fianarantsoa paraissait isolée dans son sommeil et ne vivait d'un air de fête que sur les ondes. Peut-être que c?est moi qui me suis trompé de fréquence mais je n'appréciais pas trop l'idée de ces stations, retransmettant lourdement La Capitale. Je crois qu'un beau jour, on réveillera ou, pourquoi pas, je réveillerai cette ville pour de bon, ne plus attendre ceux qui ne le feront jamais ou ceux qui ont fait semblant de le faire. Wait and see!
Suis ton étoile
Va jusqu'où ton rêve t'emporte
Un jour tu le toucheras
Si tu crois si tu crois si tu crois en toi
Suis ta lumière
N'éteins pas la flamme que tu portes
Au fonds de toi souviens-toi
Que je crois que je crois que je crois en toi
Le 31 soir, nous peuplions d'abord les tables de Tambohobe avant de finir ensuite en boîte de nuit. Soafia Dance promettait. Je me souvenais encore de S**** à qui j'aurais dû adresser la parole mais j'avais préféré la laisser tranquille avec son nez au ciel, et aussi cette fille en rose qui me décrochait souvent un regard intéressant pendant que je dansais avec une autre plus simple qui espérait peut-être m'avoir conquis ? moi aussi pensais le réciproque. Mais c'est dommage qu'à notre rendez-vous à Tanà, je l'ai trouvé trop différente, nous sommes trop différents l'un de l'autre. Je me souviens aussi avoir dansé avec H**** ? coucou à toi ? et d'avoir été un inconditionnel de la piste jusqu'à six heures du matin, incroyable! Incroyable tout comme le fait de n?avoir bu ni un verre de bière, ni deux doigts d'alcool, pourtant on s'était bien amusés!
Et finie la fête, finies les vacances! Trop courtes, inaccomplies, là n'est pas la discussion. Pour moi, l'important c'était d'avoir pu réunir toute la famille, d'essayer de tracer l'avenir et de charger tous les c?urs des joies, du bonheur qui nous aideront à affronter les moments où l'on ne sera pas ensemble.
Sur ce, Bonne et Heureuse Année 2007 à toutes et à tous!!
Je viens du Sud
Et par tous les chemins
J'y reviens, j'y reviendrai...
Crédits musique:
Celine Dion ft Il Divo - I believe in you
Francis Cabrel - Loin devant
Chimène Badi - Je viens du Sud (reprise de Michel Sardou)